Revue de littérature réalisée par Groupe AGÉCO

Les économies de taille existent en production laitière

Les économies de taille en production laitière laissent bien peu de gens indifférents. Pour certains, elles ne sont qu’un lointain mythe. D’autres préfèrent les balayer sous le tapis, en arguant que « des fermes de petite taille réussissent mieux que des fermes plus grandes ». Ceci n’est pas faux, et personne ne soutient que l’augmentation de la taille va systématiquement de pair avec l’augmentation de la rentabilité. L’efficacité de la gestion prime. Mais toutes choses égales par ailleurs, une ferme de plus grande taille génère-t-elle de meilleurs bénéfices par unité qu’une entreprise plus petite? Oui, soutient la littérature économique. Une revue de littérature réalisée par Groupe AGÉCO a recensé seize études (européennes, américaines, canadiennes) qui concluent quasi unanimement que les économies de taille existent en production laitière.

Dans certaines régions du globe, elles ont façonné le paysage laitier. Les États-Unis en sont un exemple éloquent. Graduellement, le prix du lait s’y est aligné sur la réalité des régions où les entreprises étaient à la fois plus productives et plus grosses. Couplé à l’absence – ou presque – de soutien de l’État à la production laitière, le mouvement s’est opéré au détriment des régions où les fermes étaient en moyenne plus petites.

Même en contexte de gestion de l’offre, les économies de taille sont susceptibles de soulever des enjeux chez nous, au Québec et au Canada. Les fermes laitières du Québec sont les plus petites au pays. Bien que les données permettant de procéder à des comparaisons interprovinciales de coût de production ne soient pas disponibles, rien n’empêche de croire que les effets des économies de taille s’expriment aussi à l’intérieur du Canada. Les fermes du Québec étant les plus petites au pays, elles tirent moins profit d’économies de taille.

Malgré un endettement préoccupant, le Québec laitier se porte bien. Une multitude de fermes continuent de peupler nos zones rurales, favorisant une occupation dynamique du territoire. Mais considérant l’existence d’économies de taille en production laitière, on ne peut rester indifférents à l’écart croissant entre les tailles des fermes québécoises et d’ailleurs au pays.

Vincent Cloutier
Directeur affaires agricoles et économiste principal