Mot de remerciements de Gaétan Desroches, chef de la direction de La Coop fédérée, prononcé à l’occasion du 36e Gala du MBA de l’année, à L’Arsenal, le 24 novembre 2016

Chers collègues,

Chers amis, 

Wow toute une soirée ! Et en plus vous êtes pas mal beaux ! 

Il y a une expression qu’on emploie souvent qui dit que « les étoiles sont bien alignées ». Pour moi, c’est un peu ça qui se passe ce soir, étant donné que c’est le 36e gala du MBA de l’année et que je célèbre aussi mon 36e anniversaire de service à La Coop fédérée. 

Je sais que ça a l’air d’un cliché, mais je vais le dire quand même :

Je suis encore surpris…

La semaine dernière je recevais des mains d’un grand bâtisseur du Québec, nul autre que M. Laurent Beaudoin, le tout premier prix Laurent Beaudoin du Centre de gestion de l’Université Sherbrooke.

Savez-vous !

Je vais finir par vous croire même si je ne comprends pas toujours pourquoi moi.

Quand l’Association m’a contacté pour me dire que j’avais été choisi comme MBA de l’année au Québec, là j’ai vraiment été surpris. Je ne veux pas jouer au faux modeste, mais je pense qu’il y a beaucoup de gens dans la salle qui auraient mérité cet honneur ce soir.

Si je voulais faire un peu d’humour, je pourrais aussi vous dire que j’ai été surpris que l’Association décide de remettre son prix à un gars qui a commencé sa carrière dans le champ. Eh oui, pour vrai, puisque je suis entré à La Coop à titre d’agronome comme représentant en productions végétales. En fait, je dois vous dire que même aujourd’hui, je passe encore beaucoup de temps dans le champ, pour échanger avec les gestionnaires et nos membres producteurs agricoles. Je voudrais le faire encore plus, mais le siège social au 9001 l’Acadie m’attend aussi. 

Nos gens, les agriculteurs, sont des professionnels qui font face à des défis économiques, technologiques et sociaux d’une ampleur que bien peu de gens soupçonnent et ils ont besoin de notre appui. Je vais vous en reparler puisque vous m’en donnez l’occasion.

Avant d’aller plus loin, je vais me permettre de prendre quelques instants pour faire quelques remerciements. Je veux dire merci, à un certain nombre de personnes qui sont proches de moi, parce que je considère que ma nomination est le résultat d’un travail d’équipe !

D’abord, je veux saluer et remercier mes anciens collègues étudiants avec lesquels j’ai fait mon MBA en 1993…23 ans déjà. Imaginez-vous : à l’époque, ils m’avaient décerné le titre d’étudiant « le plus prometteur ». Franchement, je ne comprenais pas trop pourquoi; pas à cause de mes notes ça c’est certain ! Mais, on dirait bien que la suite des choses leur a donné raison. En fait, je pense que j’ai eu une chance exceptionnelle : je dis souvent aux gens que pour réussir il y a une question de timing, de préparation et d’audace, mais il faut surtout être entouré et soutenu par des gens qui croient en vous.

Mon premier employeur qui a été La Coop Comax à Ste-Rosalie, mon premier patron qui est dans la salle et que je salue; bonsoir Martial et merci de m’avoir fait confiance, moi le petit gars de la ville qui ne connaissait pas vraiment l’agriculture même avec un diplôme d’agronome, mais qui aimait ce qu’il faisait.

Toujours dans mes débuts un producteur agricole m’a aussi fait confiance. Et vous savez, ces premiers contacts vous marquent. M. Réal Laflamme, qui a cru en moi malgré qu’Huguette son épouse avait des doutes; avec raison d’ailleurs. Réal m’a introduit au prestigieux Cercle des producteurs de Ste-Rosalie (lieu de la première coopérative au Québec qu’un jour un de mes professeurs (C.A. St-Pierre) m’a fait découvrir.

Je vous dirais que ma carrière a débuté là, dans le deuxième rang, à comprendre et apprécier ces gens à part qui sont passionnés par leur métier d’agriculteur avec des valeurs humaines qui se perdent aujourd’hui.

Je dois vous dire que je suis très reconnaissant envers tous ces gens qui m’ont incité à vaincre mes peurs, à croire en mes rêves et à foncer pour réaliser ce en quoi je croyais.

Je veux aussi remercier et partager cet honneur avec tous les membres du conseil d’administration de La Coop fédérée, dont plusieurs sont ici ce soir tout endimanchés ; particulièrement mon président M. Gervais. Merci de m’appuyer dans cette formidable aventure qu’est La Coop. J’aimerais aussi en profiter pour remercier les précédents présidents et chefs de la direction de La Coop fédérée que j’ai côtoyés durant ma carrière.

Il y a aussi les membres, les employés de BMR, Olymel et La Coop qui sont ici ce soir tout comme mon comité de direction. Merci de me suivre dans tous mes projets. Tous des gens que je côtoie tous les jours depuis 36 ans, … des gens dont plusieurs sont devenus des amis… et des gens dont l’engagement, l’intégrité et l’expérience ont énormément enrichi ma réflexion et mon parcours. Honnêtement, ce prix de MBA de l’année est aussi le leur ! On ne fait pas une carrière seul dans son coin.

Finalement, mes remerciements vont aussi à l’Association des MBA et au jury qui a retenu ma candidature cette année. Pour moi, la reconnaissance par les pairs est probablement la plus belle, la plus significative et la plus motivante qu’on peut recevoir. Pourquoi ? Parce que c’est une reconnaissance qui vous est attribuée par des gens qui comprennent votre réalité et qui comprennent ce que vous faites… qui mesurent les défis auxquels vous faites face… et qui, en fin de compte, vous disent « Bravo, tu fais une belle job » ! Pour moi, c’est très significatif et très gratifiant. Merci beaucoup !

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J’ai fait allusion tout à l’heure aux défis que doivent relever tous les membres de la chaîne agricole et agroalimentaire, les filières québécoises. Je ne vais pas vous donner un cours de MBA sur le sujet ce soir. Mais, je m’en voudrais de ne pas saisir l’occasion pour partager avec vous quelques-uns de ces défis et vous inviter à la solidarité avec nos agriculteurs.

Comme la plupart des secteurs de notre économie, l’agriculture n’échappe pas à la révolution technologique, à la mondialisation des marchés, à la consolidation ou aux effets de la présence de géants mondiaux dans des domaines comme ceux des engrais (Potash/Agrium) et des semences (Monsanto/Bayer). Même notre maître de cérémonie en parlait vendredi à son émission sur ArtTV. 

Ici, la question qui se pose est « Sommes-nous assez gros pour nous battre contre les grands conglomérats industriels ? ».  La réponse est oui si on travaille tous ensemble et que nous avons une politique agricole et agroalimentaire qui soutient ce secteur qui représente 2,2 millions d’emplois au pays et contribue annuellement à plus de
100 milliards de dollars au PIB (+/- 10%). Au Québec, il s’agit de 500 000 emplois et
34 milliards de dollars au PIB (+/- 10 %). Nos producteurs sont aussi au cœur de certaines des questions les plus discutées dans notre société, comme la protection de l’air et de l’eau ou encore, la spéculation sur les terres agricoles.

Encore là, le travail de La Coop n’est pas de dire aux agriculteurs de vendre ou de ne pas vendre leurs terres, mais de les aider à faire les bons choix… tout en n’oubliant pas l’importance stratégique des enjeux liés à souveraineté du territoire.

On pourrait aussi parler du prix de la bouffe et des aliments, de la sécurité sanitaire des fermes, du bien-être animal, de la traçabilité des aliments, de l’utilisation des insecticides et des herbicides, des OGM, des abeilles et j’en passe! Moi, je vis tous les jours avec ces enjeux. Seulement en ce qui concerne la sécurité alimentaire, je vous laisse imaginer les implications du fait que nous mangeons tous au moins trois fois par jour et que seulement entre 1970 et 2014, la population de la planète est passée du simple au double, pour atteindre plus de 7,5 milliards d’individus.

Avez-vous une petite idée de l’écosystème ou de la chaîne d’approvisionnement qui soutient la réponse à cette demande? C’est absolument phénoménal! Toutes ces questions vont avoir une influence majeure sur notre mode de vie et notre environnement. Elles vont aussi entraîner avec elles des impacts qui se chiffrent ou qui vont se chiffrer en millions et en milliards de dollars.

Donc, s’il y a des gens qui ont encore une vision de l’agriculture comme une activité bucolique et tranquille, je pense que ces gens-là devraient faire comme avec leur iPhone et lancer une petite mise à jour! 

Les enjeux de notre industrie, qui sont aussi des enjeux socioéconomiques d’envergure, sont trop importants pour être traités légèrement. Ce sont des enjeux auxquels nous devons réfléchir avec humilité, avec authenticité, avec sérieux et aussi, avec compétence. Je veux bien qu’on s’intéresse aux microproductions ou à l’élevage de poules en milieu urbain… pourquoi pas et il faut le faire. Par contre, ce genre de projet ne devrait pas avoir pour effet d’évacuer les réflexions qui s’imposent quand on parle de nourrir des millions ou des milliards d’individus.

Plus concrètement, je pense que la rencontre du « discours de la ville » ne devrait pas s’inscrire en adversaire ou en opposant du « discours de la campagne ». Pour moi, ce sont deux voix qui devraient plutôt favoriser une écoute et une compréhension mutuelles. Or, si vous voulez mon opinion là-dessus, je ne suis pas convaincu que la ville écoute suffisamment la campagne par les temps qui courent au Québec. On ne connaît plus nos producteurs, le « mononcle » qui a une ferme il n’y en a plus, on ne connait plus ce qu’on achète; concombre de l’Inde, salade du Mexique, fèves vertes de Chine, piment de la Californie. Quand je dis que nous devons réfléchir avec sérieux aux enjeux auxquels est confrontée l’agriculture, je veux aussi dire que nous devrions nous assurer de la compétence de nos sources et de nos interlocuteurs.

Vous l’avez deviné : j’ai un peu tendance à me méfier des experts autoproclamés qui ont une légère tendance à envahir toutes les tribunes publiques qui passent à leur portée. Depuis des générations, le Québec a formé des milliers de producteurs, d’agronomes, de vétérinaires, de spécialistes de la biologie et de la microbiologie, dont la compétence et l’expérience dépassent souvent nos frontières. Nous avons non seulement intérêt à les écouter, mais ces professionnels doivent absolument participer à la discussion. L’agriculture n’est pas une affaire de mode ou de tendances. C’est une affaire de raison, de planification à long terme, de méthodes de plus en plus scientifiques et de contrôle rigoureux. Dans la discussion entre la mode et les experts, je vous laisse deviner pour qui je vais prendre !

Et il y a une autre chose dont l’agriculture québécoise n’a pas besoin, à mon avis, et c’est de se battre entre elles… il y a de la place pour toutes les agricultures; biologique, conventionnelle, intensive, raisonnée,  alternative, etc.

Soyons fiers d’avoir une agriculture au pluriel qui laisse le choix aux consommateurs, mais assurons-nous que nos agriculteurs puissent gagner leurs vies dignement avec les mêmes outils scientifiques et législatifs que nos compétiteurs, pour que nous comparions des pommes avec des pommes. Nous devons promouvoir l’agriculture d’ici qui répond aux demandes des consommateurs de demain.

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Face à tous les enjeux dont je viens de vous parler, je pense que les mots d’ordre de tous les acteurs doivent être « regroupement » « solidarité » et pourquoi ne pas coopérer. Devant un jeu qui se déroule sur l’échiquier mondial, nous devons former un front commun qui va au-delà des corporatismes et des intérêts particuliers pour assurer notre prospérité collective.

Et vous savez quoi ? Je nous fais confiance. Nous sommes en train de prendre conscience de nos avantages stratégiques! On a une histoire à raconter au consommateur, il faut juste lui dire haut et fort. L’arrivée d’une nouvelle génération sur le marché du travail… la disponibilité de technologies d’une puissance et d’une agilité sans précédent… des institutions financières privées et publiques au Québec qui nous supportent et un parti pris pour l’innovation et la créativité.

Et pour être certains de ne pas manquer notre coup, on pourrait aussi ajouter l’aide « d’une couple » de MBA!

On a tout ce qu’il faut pour réussir le virage que le consommateur nous demande.

Croyons en nous et soyons fiers de nos réalisations plutôt que de chercher ailleurs ce que nous avons chez nous !

L’agriculture du Québec a besoin de nous tout comme nous avons besoin d’elle.

Merci beaucoup et bonne soirée !